
Pendant deux siècles le temps a été le principe organisateur du capitalisme.
Le travailleur vend des heures, la journée de travail de huit heures est structurante et les pensions sont déterminées par les années de service.
Les grands économistes du 19ème siècle ont établi que la valeur d’un bien reflétait la quantité de travail pour le produire.
L’IA, en démultipliant le travail humain, rend cette hypothèse obsolète.
Un consultant supervise un agent IA pendant deux heures, qui produit un rapport valant 50 000€.
Le consultant doit-il être rémunéré pour deux heures, pour les jours à passer sans IA, ou pour un pourcentage de la valeur créée ?
La valeur se déplace vers ceux qui possèdent ou maîtrisent ces outils.
Les fondements du contrat de travail évoluent, du temps passé vers la valeur produite.
Pour une tâche liée à la présence, un agent d’accueil par exemple, la rémunération reste au temps passé.
Mais l’ingénieur qui supervise un réseau électrique et adapte son temps de travail pour garantir le bon fonctionnement du système, est plutôt rémunéré par un salaire fixe.
La mise en œuvre de la très grande puissance des outils IA accentue encore les différences.
Un consultant qui utilise des outils IA pour construire son rapport sera rémunéré par un forfait : livraison à une date donnée pour un coût fixe.
On parle beaucoup dans la Silicon Valley de « salarié augmenté », ceux-ci seraient doublés : leur part humaine et les agents IA qu’ils utilisent.
Et leur utilisation de « tokens » (jetons, ces particules d’intelligence artificielle fournies à l’aide d’électricité et de serveurs géants) mesure l’utilisation de l’IA par un salarié (3000 pour un portait, 5000 pour 20 secondes de vidéo, …).
Le patron de NVIDIA, Mr HUANG fondateur du fabricant de puces qui font tourner l’IA, première capitalisation mondiale, explique que « si vous rémunérez un ingénieur 500 000 $ par an et qu’il ne consomme pas au moins 250 000 tokens, je serai profondément inquiet » …
Les modes de rémunération, la manière de produire de la valeur dans l’entreprise, la suppression de certaines tâches, les changements vont être nombreux.
Il est plus que jamais temps de travailler son employabilité et son adaptation aux nouveaux outils.

